Accompagnant au quotidien les employeurs publics, les Directeurs Territoriaux au Handicap (DTH ) du FIPHFP vivent, en 1ère ligne, la crise sanitaire et ses impacts sur les travailleurs handicapés. Zoom sur le Grand Est, région fortement impactée depuis le début de l’année par le COVID-19, avec Monica Gouzy, DTH du territoire.

Une situation spécifique dans le Grand Est

Le contexte est vraiment spécifique dans le Grand Est. La région, fortement touchée, est l’un des épicentres de l’épidémie. Depuis février / mars, nous avons connu un arrêt significatif dans nos relations avec les employeurs publics. Leurs préoccupations sont ailleurs. Et l’après COVID n’est pas d’actualité pour le moment. De nouveaux clusters ont été identifiés récemment dans le Bas-Rhin, la Moselle et dans la Meuse. La Région reprend son souffle et des couleurs, mais à petits pas.

Le télétravail a été mis en place très tôt, avant même le confinement, en raison de la situation sanitaire. Il a toutefois fallu une période d’organisation du télétravail qui a bien durer deux semaines et n’a pas été simple pour tous les employeurs publics.

Nous avons maintenu des contacts réguliers et fluides avec les centres de gestion. Nous voyons également une forte participation des référents handicaps aux webinaires thématiques que nous proposons régulièrement. Ces derniers sont actifs et restent mobilisées, depuis chez eux en télétravail. Nous avons en revanche plus de mal à joindre les décideurs (DRH , DG , élus) qui sont mobilisés sur d’autres sujets.

Des employeurs publics mobilisés pour gérer la crise

Étrangement, nous n’avons pas connu d’explosion des demandes sur les aides exceptionnelles liées au télétravail. Cela est probablement dû à l’importance de la crise dans la région. Les employeurs du Grand Est doivent avant tout gérer la crise, notamment les services de ressources humaines qui se sont réorganisés de telle manière que tous les acteurs sont au front sur la problématique COVID et pas forcément sur le sujet du handicap.

Une situation qui va forcément impacter les travailleurs handicapés, comme le souligne un CDG de la Région : " S’agissant des situations en cours, notamment celles liées au maintien dans l’emploi, elles ont été mises en standby, dans l’attente de pouvoir à nouveau honorer les rendez-vous en collectivités… Des difficultés risquent d’apparaître, pour les agents en congé maladie de longue durée, en reclassement ou en PPR en conséquence du retard pris par le comité médical. Enfin, les recrutements en contrats d’apprentissage pour la rentrée 2020-2021 vont certainement diminuer, avec les incertitudes auxquelles font face les employeurs (notamment financières) et les priorités mises à la gestion de la crise " .

Durant ces deux derniers mois, les principales demandes des employeurs ont porté sur la Période Préparatoire au Reclassement (PPR ). Cela est notamment dû au travail important mené sur cette thématique, par le Handi-Pacte depuis plusieurs mois. Le CDG 54 (Meurthe-et-Moselle) a ainsi déjà mis en place un certain nombre de PPR sur son territoire et cela fonctionne. Pour poursuivre cette dynamique, la parution d’un guide sur la PPR est prévue le 9 juin prochain.

La situation de la fonction publique hospitalière est préoccupante dans le Grand Est. Nous avons beaucoup de centres hospitaliers, en primo-convention, sur le territoire. Leurs référents handicap sont très sollicités et la reprise de contact ne pourra se faire qu’après le déconfinement. La FHF régionale nous l’a confirmé : Le référent handicap mutualisé Grand Est (RHM ) qui travaille au plus près des hôpitaux a de grandes difficultés à échanger en ligne avec ses interlocuteurs habituels. Une situation qui risque de durer.

Le Professeur Christian Rabaud, infectiologue auprès du CHRU de Nancy (référent national), alerte sur les risques d’une 2ème vague qui viendrait saturer à nouveau les hôpitaux du Grand Est. Il a ainsi indiqué récemment que « cette épidémie durerait dans le temps ». L’amélioration de la situation en Grand Est pour les hôpitaux demeure une prévision pour septembre. Aucune formation ou réunion en présentiel ne sera possible avant septembre.

Nous sommes loin d’un déconfinement.

Sur notre territoire, il est pour le moment trop tôt pour tirer des enseignements de cette période exceptionnelle. Nous avons d’ailleurs prévu, le 3 juillet prochain, en écho à la situation, un webinaire inter fonction publique (comité des employeurs publics), dédié aux impacts RH et managériaux intégrant le suivi des agents RQTH et à risque, depuis le début de la crise et jusqu’à l’après-confinement.

Ce temps particulier nous permettra de prendre du recul et de faire un premier point !